L’épizootie d’influenza aviaire sévit actuellement dans certains pays d’Asie. Et si l’on note un ralentissement de la progression du virus, il n’est pas encore endigué. Interview du docteur Patey.

Qu’est-ce que la grippe aviaire ?

Docteur Olivier Patey : «C’est une infection par un virus grippal dont il existe différents types ; celui qui nous préoccupe s’appelle le virus influenza aviaire A/H5N1. Cette infection, également appelée grippe du poulet, est hautement pathogène (NDLR : qui provoque des maladies). Elle touche presque toutes les espèces d’oiseaux, sauvages ou domestiques. Elle peut aussi infecter d’autres animaux, comme les porcs. Chez les poulets et les dindes, elle entraîne une très forte mortalité. Le virus peut se transmettre à l’homme (en 1997 à Hong Kong et en 2003 aux Pays-Bas) lors de contacts fréquents et intensifs avec des secrétions respiratoires ou des déjections d’animaux malades».

Quels sont les symptômes ?

Docteur O. P. : «Ce sont les mêmes que la grippe humaine. Une forte fièvre, une toux qui, au début, peut être sèche. L’incubation est courte, quelques jours. Il faut consulter dans les 48h».

Faut-il avoir peur de la grippe aviaire ?

Docteur O. P. : «Pour l’heure, le nombre de cas correspond quasiment au nombre de décès. De plus, nous ne sommes pas sûrs des chiffres annoncés. Il faut faire preuve d’une vigilance armée. Plus il y a de cas de grippe, dans des régions étendues, plus il y a de risques de rencontre des formes humaines et aviaires du virus. Pour les médecins, la crainte face à une telle épizootie est de voir le virus de la grippe aviaire se combiner avec le virus de la grippe humaine. Cette mutation engendrerait un virus nouveau et potentiellement épidémique. Le virus pourrait ainsi se transmettre d’homme à homme sans intervention de l’animal. Il y a de grandes chances que ce soit ce qu’il s’est passé avec la grippe espagnole (voir encadré). Si le virus mute, nous serons face à une pandémie (NDLR : extension d’une maladie contagieuse sur une zone géographique très étendue) qui se diffusera rapidement par voie respiratoire, surtout chez les enfants qui toussent beaucoup».

Y a–t-il des vaccins ?

Docteur O. P. : «En fait, chaque type de virus est différent, un médicament existe, mais il n’agit que sur une partie du virus. La mise au point d’un vaccin efficace nécessitera environ 3 à 4 mois pour la recherche, l’homologation et la constitution des stocks. Il faudra également résoudre les délicates questions de brevets d’un pays à l’autre, mais aussi d’un laboratoire à l’autre».

Il y a eu le Sras*, puis aujourd’hui la grippe aviaire, on a l’impression d’une accélération de la fréquence de la transmission de ce type de maladie à l’homme ?

Docteur O. P. : «Oui et non. Ce sont plutôt les mouvements et les concentrations de population plus importants aujourd’hui qu’hier qui favorisent la transmission à un plus grand nombre de personnes. Les moyens de transport comme l’avion y sont pour beaucoup. Rappelez-vous l’arrivée du Sras en Amérique du nord, il n’a fallu que quelques jours pour que le syndrome aille de Hong Kong au Canada. Prenons l’épidémie de 1997 à Hong Kong, elle a été rapidement maîtrisée par la mise en place d’une politique sanitaire. Bon, il est vrai que Hong Kong était une ville riche et que la réactivité des autorités a permis de juguler rapidement la crise. Ce n’est guère le cas des régions touchées actuellement par la grippe aviaire : le Vietnam en particulier».

Selon vous, les autorités vietnamiennes ont mal contrôlé l’épidémie ?

Docteur O. P. : «Il est clair qu’il y eu du retard à la mise en place d’une politique sanitaire adaptée. Les premiers cas datent de novembre 2003. Au départ les autorités pensaient au choléra ; en décembre, on a commencé à parler de grippe aviaire. Cette perte de temps est grave, car le vaccin est loin d’être au point. Economiquement, pour le Vietnam, ce fléau est un problème majeur. Contrairement à la France qui aide financièrement les éleveurs, au Vietnam ils ne percevront rien. C’est une catastrophe économique pour ce pays (NDLR : la banque mondiale estime à 690 millions de dollars le coût de l’épidémie au Vietnam). Les stratégies de lutte contre l’influenza aviaire reposent essentiellement sur le diagnostic, l’hygiène, l’éducation, la quarantaine et la réduction de la taille des élevages (politique d’abattage massif)».

Y a-t-il déjà eu des cas en France ?

Docteur O. P. : «Non, ni en 1997 ni en 2003. Ce qui n’a pas empêché les autorités de lancer une politique de prévention face à une éventuelle pandémie».

Que conseillez-vous aux voyageurs qui doivent se rendre en Thaïlande ou au Vietnam ?

Docteur O. P. : «Si vraiment ils sont obligés d’y aller, je leur conseille d’être très prudents. Ils doivent déjà se faire vacciner, au moins quinze jours avant le départ, contre la grippe humaine. Attention, ce vaccin ne protège pas de la grippe aviaire, mais il évitera la rencontre entre les deux virus qui pourrait induire une mutation et entraîner une transmission inter-humaine. Se faire vacciner contre la grippe humaine est une question de santé publique pour éviter une pandémie. Le voyageur ne devra en aucune façon se rendre sur les marchés ou sur les lieux où l’on trouve des animaux (poulets, mais aussi porcs) vivants ou morts. Le port d’un masque respiratoire est indispensable».

Qui devra porter ce masque ?

Docteur O. P. : «Toute personne présentant des signes suspects, mais aussi toutes les personnes qui prennent en charge les malades. Au début de l’épizootie, nous avons vu à la télévision des images inquiétantes, il s’agissait de Vietnamiens qui abattaient des poulets sans aucune protection. Le port du masque est fondamental.»

La France est-elle prête à affronter une pandémie de ce type ?

Docteur O. P. : «On n’est jamais vraiment prêt. A ce jour, il n’y a pas de vaccin, peu de médicaments. Il faudrait tout organiser. Qui soigner ? Où ? Comment ? La première étape consistera à identifier les patients à risques, à les regrouper pour limiter la transmission. Il faudra mettre en place un circuit spécifique (comme pour le Sras). Autre problème lorsque le vaccin sera au point, la gestion et la sécurisation des stocks (il faudra éviter tout pillage). Pour l’heure, la priorité est de contenir les réservoirs de virus en abattant systématiquement les volailles. Nous devons malgré tout nous préparer à une transmission d’homme à homme. On joue à se faire peur, mais il faut être prudent et vigilant. Suite au Sras, aux menaces de bio-terrorisme, la France a déjà réfléchi à la mise en place d’une procédure de prise en charge des patients. Il y a des hôpitaux référents comme La Pitié ou Bichat. L’objectif est de former le personnel et adapter les locaux. Dans le cadre de la réorganisation de l’hôpital, notre service devrait être doté, d’ici 2007-2012, d’un tel circuit pour prendre en charge ce type de patients en évitant toute transmission».

Propos recueillis par C.C.

* Sras : syndrome respiratoire aigu sévère.

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4 réflexions au sujet de «  »

  1. je dois me rendre au vietnam cet été dans le cadre d’un stage hospitalier pendant juillet et aout… et voudrais savoir si les chances de mutation du virus sont en ce moment maximales, ou si les craintes portent principalement squr la période hivernale pendant laquelle sévit la grippe humaine…
    j’hésite encore à annuler mon voyage…
    j’aimerais avoir une réponse, et je vous remervie d’avance du temps que vous pourrez m’accorder…

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  2. Bonjour Clémentine,

    Il y a un risque de contamination c’est une certitude. L’épidémie n’est pas endiguée. De plus, les autorités asiatiques ne communiquent par toutes de la même façon sur le sujet. La vaccination contre la grippe (de chez nous) est préventive pour éviter la rencontre des deux virus dans le corps humain ce qui conduirait à la mutation du virus et pourrait faciliter la transmission inter-humaine. Ce vaccin ne préserve pas de la grippe aviaire attention.

    Si vous devez vraiement faire ce stage, veillez à respecter qlq principes de bases : Evitez tous les lieux de vente et d’échanges d’animaux, volailles et porcs. Le port du casque est également recommandé. L’environnement et le personnel hospitaliers sont sensibilisés au sujet. Ecoutez les !

    Claire

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  3. Hello,
    L’arrivée du printemps et le CPE nous détournent du sujet.

    Pour autant l’OMS reste vigilante. Nous sommes toujours en phase 3 de l’alerte, le stade pré-pandémique.

    On aurait tort de prendre à la légère le phénomène d’autant que la période d’incubation peut nous révéler, plus tard, une très désagréable surprise.

    Les vaccins « trouvés » pour l’homme sont complétement bidons car on ne sait pas encore à quoi va ressembler le futur virus.

    L’industrie pharma a pour habitude louable d’étudier de nombreuses années un virus avant d’en faire un vaccin, c’est à dire un virus sans danger.

    Dans le cas présent, nous n’avons aucun recul puisque ce virus mutant n’existe pas encore.

    Un site bien renseigné auprès de l’OMS, de l’AFSSA ainsi que d’autres sources fiables et officielles nous instruit sur les risques de la pandémie de grippe aviaire :
    http://www.grippe-aviaire-infos.com

    Serge

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  4. toute etr cree par dieu est dotte d une maladie interne .et nous ne devons par avoir peur de cette maladie car ce sont les europeens qui en sont le creuset .de la maladie de la vache folle le usb nous somlmes passes a la pneumonie atipique et aujourd hui la grippe aviaire .il est certes vrai que nous avons peur car nul ne peut arreter cette derniere car sa propagation est due aux deplacements des oiseaux.moi je voudrais demander aux europeens d arreter leur cinema car nous ne sommes pas idiots comme ils le pensent.alors bye bye la grippe aviaire

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