« Cette maladie touche tout le monde. Mais il faut nuancer sa gravité »

Madame Emilie ZARD est médecin généraliste dans l’Essonne. Elle répond à une interview de Claire PIERRE.

Quelle est la situation de l’épidémie dans votre Maison de Santé ?

« Nous en sommes à 50 cas COVID par semaine. La situation s’est dégradée depuis début octobre et ça s’accélère encore depuis une semaine. Certains de nos patients sont déjà hospitalisés. L’un de mes patients diabétiques l’est depuis une semaine, il est stable».

Quel est le profil des patients COVID ?

« Cette maladie touche tout le monde. Mais il faut nuancer sa gravité. Les cas graves sont chez les personnes âgées et les personnes obèses. La mortalité est faible par rapport à d’autres maladies. Le souci c’est que sa prise en charge nécessite parfois des soins en réanimation et là, les lits manquent. L’affluence des malades sature les hôpitaux. Faute de soins, la maladie s’aggrave bien sûr. Le problème est donc bien cette question de la saturation des hôpitaux, s’il y avait assez de lits en réa, il n’y aurait pas de soucis. Les hôpitaux sont à la limite de la saturation, nous allons être contraints comme nous l’avons fait au printemps de faire des choix. Est-ce que l’on hospitalise ou pas ce patient ? Est-ce que nous allons envoyer à l’hôpital une personne âgée de plus de 80 ans pour qu’elle meure dans le couloir des urgences ? Non, ce n’est pas la peine . »

Comment s’organise la prise de ces patients ?

« Nous avons renforcé l’équipe de généralistes. Nous sommes sept aujourd’hui en comptant les remplaçants, et deux internes qui ont rejoint l’équipe. Une salle d’attente COVID a été créée, elle est aérée en permanence. Les patients doivent venir seul aux rendez-vous, les accompagnants ne sont plus acceptés. De notre côté, nous sommes protégés, masqués et procédons à la désinfection du cabinet systématiquement entre chaque patient ».

Quels messages pour les personnes qui souhaiteraient consulter un médecin en cabinet  ?

« Tout dépend de leurs symptômes. Si un patient présente des symptômes de COVID bénins (fièvre, perte de goût, perte d’odorat par exemple), un renouvellement d’ordonnance, une pathologie non urgente, il faut prioriser la téléconsultation et éviter de se faire contaminer. Si c’est pour un certificat médical, c’est inutile de venir. De toutes façons, les clubs et associations sont fermés. Pour prendre RDV, il faut téléphoner au secrétariat (01 69 02 14 39) ou se connecter sur la page de la Maison de Santé ( msp-epinay.fr ). Il faut privilégier au maximum la téléconsultation. Evidemment, en cas de symptômes plus graves tels que la difficulté respiratoire ou la sensation d’oppression au niveau de la poitrine, il faut consulter physiquement. »

Au printemps, le report des consultations et de certains examens ont engendré d’inquiétants retards de diagnostic pour les cancers notamment, que conseillez-vous à la population ?

« Il faut consulter physiquement pour certains symptômes qui ne sont pas anodins : l’apparition de toux chez le fumeur par exemple, car cela peut être un signe de cancer, et ne pas retarder le suivi. C’est la même chose pour les vaccins, ne manquez pas les rappels diphtérie/polio, la grippe… Il faut nous consulter même pour des renouvellements ordonnances, mais en adaptant la consultation (cela se fait en téléconsultation sans passer par le cabinet). On peut également passer par le mail de la Maison de Santé (msp.epinay@gmail.com) pour obtenir un kit Hémoccult (dépistage du cancer du côlon), sans passer par la case consultation. Les patients ayant des maladies chroniques ne doivent pas être perdus de vue, et doivent pouvoir poursuivre leur suivi ».

Le confinement a opté pour un second confinement national le 30 octobre dernier, que pensez-vous de cette décision ?

« Il faut le respecter et rester confinés. Sortir le strict minimum et surtout respecter les gestes barrières, le port du masque, le lavage des mains, la distanciation physique. Cette deuxième vague, on savait qu’elle viendrait. C’était inévitable avec le relâchement de l’après confinement. Mon mari travaille à l’Intercommunal de Créteil, c’est déjà saturé, ils ouvrent de nouvelles unités COVID. Désormais, il faut prendre son mal en patience, mais l’inquiétude est grandissante, je n’ai pas une seule consultation où l’on ne parle du COVID. Le problème c’est qu’il y a encore des personnes qui n’ont pas pris conscience de la situation, je pense aux jeunes qui se regroupent sans protection, ou avec le masque sous le nez, ils ne se rendent pas compte, il y a tout un travail éducatif à faire pour que les plus fragiles soient protégés ».

Propos recueillis par Cl. PIERRE