Chirurgie des sinus : le point avec le docteur Thierry Soussi

Merci au personnel de la Clinique Cardella de Papeete pour son accueil au bloc opératoire. @Parlonssante.com Avril 2017

 

Les allergies et les obstructions nasales sont fréquentes en Polynésie française. Les traitements médicaux ont leurs limites et la chirurgie des sinus est fréquemment indiquée pour rétablir l’aération des sinus et des fosses nasales. La malignité des pathologies des sinus est rare, mais en Polynésie française certaines professions sont à risques comme les ébénistes, le travail du bois exotique est connu pour entraîner certains cancers, le point avec le Docteur Thierry Soussi, oto-rhino-laryngologue à Papeete.

Combien d’actes de chirurgie sinusienne pratiquez-vous et quelles en sont les causes les plus fréquentes ?

“1 à 3 interventions chirurgicales sur les sinus par semaine. Les allergies et l’obstruction nasales étant fréquentes en Polynésie française, les traitements médicaux ont leurs limites et il faut savoir quand proposer une alternative instrumentale au patient. De même, la chirurgie d’aération des sinus et des fosses nasales (déviation de cloison par exemple) est fréquemment indiquée chez les plongeurs professionnels qu’ils so

ient moniteurs de plongée ou employés de sociétés de travaux sous-marins, apnéistes ou en bouteilles, pour des raisons évidentes d’aptitude et de prévention des risques d’accident de décompression.  Le tabagisme ayant beaucoup reculé dans le monde en général et en Polynésie en particulier, la fréquence va tendre à diminuer. Parallèlement, ces gens sont souvent indiqués en association de traitements de l’apnée du sommeil (intolérance au masque, fuites d’air) et dans les insomnies et coups de barre associés à l’obstruction nasale sévère, le but étant de redonner une qualité de vie acceptable au patient. Pour une fréquence plus précise et générale, il faudrait que je pose la question à l’hôpital… J’imagine que c’est un peu moins puisque je m’occupe spécifiquement decperméabilité des voies aériennes avec le recrutement d’apnéiques du sommeil”. Quelle est la durée moyenne de ces interventions ? “La durée varie bien sûr en fonction de l’étendue et du type de la pathologie (il y a 4 sinus différents avec des gestes bien spécifiques pour chacun), en moyenne autour de 60 à 90 mn au maximum, le geste est effectué sous monitoring visuel permanent à l’aide d’optiques rigides reliées a une caméra avec contrôle vidéo.  Le séjour est de 24 à 48 h avec tamponnement nasal par éponges laissées à demeure le temps de contrôler les petits saignements possibles.  Après ablation et sortie, les soins ont lieu une fois par semaine au cabinet tandis que le patient effectue chez lui des lavages au sérum salé dit « physiologique »”.

Le taux de récidive est-il élevé ?

“Le risque de récidive dépend de la qualité de la cicatrisation (beaucoup moins chez les fumeurs et les diabétiques), de l’attention et de la fréquence apportée aux soins post-opératoires, ceci pour la pathologie infectieuse et respiratoire. Pour le cas particulier des polypes, plus le patient est connu comme allergique (asthme grave, allergies respiratoires : pollens poussières moisissures etc), et plus le risque de récidive est important, nécessitant alors des traitements locaux pendant des mois voire des années (par pulvérisations de corticoïdes par voie nasale généralement).”

Quels sont les risques de ces interventions ?

“Les risques sont liés à l’état du patient (fragilité cardio respiratoire), à sa qualité de coagulation et à l’environnement bactérien initial. Outre le risque de récidive déjà évoqué, le risque de saignement post-opératoire est celui rencontré à court et moyen terme, ceux d’infection et de récidive à plus long terme. Une polypose sévère d’emblée peut avoir jusqu’à 50 % de risque de récidive. Les contre-indications sont très rares et plutôt liées à l’état général du patient et son opérabilité”.

Quand préconisez-vous une biopsie des tissus ?

“La malignité est rare dans la pathologie sinusienne mais toujours grave.  Une biopsie est systématique avant toute intervention avec scanner et IRM dès qu’une anomalie est suspectée par l’histoire clinique : facteurs de risque, aspect inhabituel, saignement douleurs déformation externe.  La plus fréquente reste la malignisation d’un polype déjà existant. Elle est soit liée au polype lui-même : certains polypes dits papillomateux ou inversés ont un risque de dégénérescence supérieur et les patients doivent être surveillés toute leur vie afin de dépister un risque de transformation maligne, par des visites annuelles, avec scanner et IRM.  La malignisation peut être également liée à l’environnement chez une population à risque (fumeurs, mais aussi les ébénistes et menuisiers notamment de Polynésie française, le travail sur les bois exotiques étant connu pour pouvoir entraîner un cancer de l’ethmoïde (sinus situés en dedans des orbites). Ces derniers font d’ailleurs l’objet d’une reconnaissance et d’une prise en charge à 100 % dans le cadre des maladies professionnelles”.

Propos recueillis par Cl. Chunlaud


 

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Quinzaine de la santé auditive du 6 au 21 juin

Le Syndicat national des entreprises de l’audition (SYNEA), lance la première édition de la Quinzaine de la santé auditive. Du 6 au 21 juin prochains, les 2500 centres des entreprises membres organiseront des journées portes ouvertes avec un objectif commun : sensibiliser le grand public à l’importance de prendre soin de son ouïe. Au programme : conseils, informations, audiogrammes gratuits à visée non médicale, conception de bouchons d’oreille personnalisés… Un clin d’œil, en amont de la Fête de la Musique, qui se veut également un appel en direction des pouvoirs publics. « Alors que de plus en plus de Français souffrent de troubles auditifs, aucune campagne de prévention ne semble être à l’ordre du jour ! » déplore le SYNEA dans un communiqué. En France, 1 habitant sur dix souffre de troubles auditifs.

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Bien-être et prévention : le thermalisme d’Auvergne se refait une santé

Thermalisme Auvergne 2Initialement programmées dans un cadre thérapeutique, les cures thermales se refont une santé dans le bien-être et la prévention santé en offrant des activités complémentaires et adaptées à une cliente plus jeune. L’objectif est de rajeunir et de diversifier la clientèle en changeant l’image un peu vieillotte qui colle à ces établissements créés initialement pour des traitements de fond de douleurs articulaires, de difficultés respiratoires, de soins médicaux aux protocoles souvent lourds… Parallèlement elles proposent en après-midi des activités spécifiques pour les curistes qui interviennent en complément des soins thermaux traditionnels pratiqués généralement le matin. Ce qui permet aussi de maintenir une activité tout au long de la journée et de conserver cette clientèle sur place.

Il s’agit de parcours éducatifs individuels « pour une prise en charge globale et personnalisée de prévention santé avec des parcours alliant « santé, bien-être, épanouissement », incluant un ensemble de prestations (soins, loisirs, alimentation santé, activité physique…).  Spécifiques à une pathologie précise, ces programmes comprennent des activités variées visant à renforcer les soins de la cure et surtout, à profiter des trois semaines du temps de la cure, pour réaliser une véritable Education Thérapeutique du Patient (ETP) », promettent les stations thermales d’Auvergne qui organisent actuellement et jusqu’en juin le « printemps du thermalisme » avec ateliers et conférences -voir le programme ici.
Ainsi les Thermes de Vichy, spécialisés dans la prise en charge des troubles métaboliques et du surpoids, ont développé le programme complémentaire ETP Thermaligne, destiné à apprendre aux curistes à pratiquer régulièrement une activité physique et à améliorer leurs habitudes alimentaires sur le long terme. Pour ce faire, le programme ETP Thermaligne propose un parcours éducatif personnalisé à chaque curiste comprenant des rencontres individuelles avec des professionnels de santé, des ateliers sur l’alimentation, l’activité physique et la santé, ainsi que la remise effective à une activité physique adaptée.

Thermalisme Auvergne 1
Les Thermes de Bourbon-Lancy ont mis en place un programme d’Education thérapeutique du patient appelé ETP Fibr’Eaux, un programme validé par l’Agence régionale de santé (ARS) pour le traitement de la fibromyalgie. Ainsi, depuis près de cinq ans, proposent à leurs curistes souffrant de fibromyalgie, – une pathologie chronique se traduisant notamment par des douleurs diffuses associées à une fatigue extrême, de l’anxiété et des troubles du sommeil -, le programme ETP Fibr’Eaux. Développé avec l’aide des associations de patients Fibromyalgie SOS et Fibromyalgie France et validé par l’Agence Régionale de Santé (ARS), ce programme d’éducation thérapeutique comprend notamment un suivi personnalisé ainsi que des ateliers animés par l’équipe pluridisciplinaire des thermes de Bourbon-Lancy (sophrologue, éducateurs spécialisés…) visant à rendre le patient autonome vis-à-vis de son affection. Au programme de ces ateliers : Comprendre sa maladie, Gérer la douleur et le stress, Se soigner au quotidien, Bien dormir, Vivre avec sa maladie…
Les stations thermales renforcent parallèlement leur offre en soins esthétiques et de bien-être (sophrologie, Qi Gong, méditation, relaxation…) pour lutter contre l’insomnie, le stress et même le vieillissement avec des cures spécifiques à Evaux-les-Bains et à Bourbon-Lancy….
Renseignements sur Auvergne-thermale.com

Pour sa 20ème mission humanitaire à l’étranger, AuditionSolidarité s’installera pour la première fois en Asie du 5 au 13 mars, à Biên HÒa, au Sud du Vietnam. Une grande première pour l’association qui a agit jusqu’à maintenant exclusivement sur le continent africain. Durant les 9 jours d’action sur place, l’équipe composée de 5 audioprothésistes, 2 orthophonistes, 1 fabricant d’embout et 4 logisticiens aura pour mission d’appareiller près de 150 enfants sourds et malentendants et de former le personnel spécialisé sur place pour le suivi quotidien. Chaque mission de l’association se déroule en 3 étapes et sur 3 ans afin de laisser à terme une école autonome et équipée pour le suivi des enfants appareillés.

Les oreilles des musiciens en danger !

Une action de sensibilisation est organisée actuellement dans les écoles de musique de France par l’association Audition Solidarité. Cette structure associative mène tout au long de l’année des actions humanitaires de prévention auditive en France, mais aussi à l’étranger. « J’aime la musique, j’aime mes oreilles, je fais attention ! Pas trop fort, pas trop longtemps ». Tel est le refrain clamé par l’association AuditionSolidarité orchestre une vaste action de sensibilisation auditive auprès des écoles de musiques, des musiciens et des conservatoires métropolitains.
Association Audition Solidarit
En tête, le porte-parole de cette action, Jean-Yves Paquelet, qui parcourt la France toute l’année pour sensibiliser 50 000 musiciens par an à prendre soin de leurs oreilles. Les interventions se veulent ludiques et didactiques afin de faire passer un message clair aux musiciens, élèves comme professeurs. « La santé et la fragilité des oreilles sont des sujets qui ne sont pas ou trop peu abordés dans l’enseignement de la musique », explique Jean-Yves Paquelet, responsable de l’action de prévention auditive au sein de l’association. « De plus en plus de musiciens me confient avoir déjà eu des sifflements et bourdonnements dans les oreilles (près de 80% d’entre eux). Ce constat est inquiétant et montre l’importance de la prévention. Il y a vraiment urgence ! »

Tympanoplastie : Interview du Docteur Thierry Soussi, ORL

« Une fois que le tympan est fermé, il est aussi résistant qu’avant »

Quand pratiquer une tympanoplastie ?
« Tout tympan perforé doit être refermé. Mais, il faut prendre des précautions, il n’y a pas d’urgence à opérer. Dans 80% des cas, la perforation récente se cicatrise naturellement ; mais, il y a toujours une surveillance médicale et des précautions à prendre, notamment éviter toute pénétration d’eau dans l’oreille tant que le tympan est ouvert ; l’eau est source de poussées de surinfection. Le médecin prescrira un test auditif (un audiogramme), parfois un scanner et surtout attendra un délai de deux ou trois mois pour permettre à l’oreille de bien sécher (l’oreille doit être saine pour être réparée). Si la perforation persiste, une tympanoplastie sera envisagée après un délai de six mois ».

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Le Docteur Thierry Soussi au bloc. Attention photo propriété de Parlonssante.com toute reproduction et /ou utilisations même partielle sans accord préalable entraînera des poursuites.

Quelles sont les causes des perforations tympaniques ?
« Il y a les causes aiguës comme le mouchage trop violent, la pénétration d »un corps étranger (trombones, allumettes, clefs), les cotons-tiges sont responsables de 5 à 10% des perforations, un traumatisme (une chute dans l’eau, une gifle sur l’oreille) ou bien un mécanisme infectieux (accumulation de bactéries), une décompression (quand on se bouche le nez et que l’on souffle très fort pour déboucher ses oreilles) ; il y a aussi les causes chroniques, les otites pas ou peu soignées qui favorisent les infections, le tabac aussi ».

Quel est le taux de réussite de l’intervention ?

« De 95 à 100%. Le patient retrouve toute son audition deux à quatre semaines après l’opération. Sauf si des osselets sont abîmés ou qu’il y a une atteinte de l’oreille interne ».

Est-ce que la tympanoplastie peut se pratiquer sous anesthésie locale ?
« Oui, c’est possible, mais l’oreille est très innervée, c’est donc très douloureux de faire l’injection. L’anesthésie générale est le plus souvent utilisée, car elle est nettement plus confortable pour le patient et aussi pour le chirurgien. C’est une intervention qui se pratique en ambulatoire. Généralement, le patient sort en fin de journée, il peut rester hospitalisé une nuit, mais jamais plus de 24 heures ».

Quels sont les soins post-opératoires ?
« Une semaine après la greffe, le patient revoit son médecin pour le retrait du pansement (généralement un petit tampon imprégné d’antibiotique qui a été positionné dans le conduit auditif à la fin de l’intervention). Une nouvelle visite a lieu quinze jours après pour les derniers soins (nettoyage et aspiration du conduit), vérification de l’absence de complications, notamment le développement d’un resserrement du conduit auditif externe par le tissu cicatriciel ».

Quelles sont les complications d’’une telle greffe ?
« Elles sont rares et liées le plus souvent à une infection dans l’oreille interne, ou à un problème d’amygdale. Le patient peut ressentir des vertiges. Il existe une complication très rare, mais à connaître. Elle représente moins de 0,5 % des cas, alors que l’opération présente un bon résultat anatomique. On constate une chute, voire une régression de l’’audition, c’est vraiment extrêmement rare’.

Est-ce qu’il y a des échecs de greffe ?
« Il peut y avoir des récidives de perforation effectivement. Mais, généralement, quand la greffe ne prend pas c’est que l’oreille n’était pas suffisamment sèche lors de l’intervention, ou bien qu’une infection se trouvait dans l’oreille interne ».

Y a-t-il des précautions particulières, une conduite à tenir après une tympanoplastie ?
« Oui, il faut éviter les bains pendant trois mois et les douches durant un mois. Il ne faut pas se moucher, car cela crée une pression sur le tympan. Une fois que le tympan est fermé, il est aussi résistant qu’avant ».

Peut-on faire de la plongée ?
« Oui, dans des conditions normales (apnée et bouteille). Si la greffe a pris, le tympan est aussi solide qu’avant. Nous utilisons une technique de greffe particulière avec du cartilage pour les plongeurs professionnels, les PNC (personnels navigants) ou les récidives de perforation. Le cartilage est plus rigide, il transmet légèrement moins bien les sons mais, il se lyse moins facilement d’où de meilleurs résultats de prise de greffe ».

Propos recueillis par Cl. Chunlaud

Qu’est-ce qu’une tympanoplastie ?

Séquelles d’’oreilles fragilisées par des infections mal ou peu soignées, perforations anciennes liées à l’’abus de paracentèses (petites chirurgies), sinus et trompe d’’Eustache encombrés, problème de végétations, tabagisme, traumatisme (gifle, chute dans l’’eau, insecte), pression trop importante… Le tympan est une fine membrane qui sépare le conduit auditif externe et l’’oreille moyenne. Les causes des perforations sont multiples. La tympanoplastie est l’’une des chirurgies de l’’oreille les plus fréquemment pratiquées par les ORL au bloc. L’’intervention dure de 30 à 60 minutes.

La technique consiste à une reconstruction du tympan via une greffe de tissu prélevé chez le patient lui-même durant l’’opération. Les principaux tissus utilisés sont l’’enveloppe du muscle fascia temporal ou de mastication qui se situe derrière l’’oreille. Le médecin découpe au scalpel la peau derrière l’’oreille pour atteindre le muscle et prélever le greffon.

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Le greffon est du tissu prélevé sur le muscle du patient, derrière l’oreille. Attention cette photo est propriété de parlonssante.com toute reproduction et/ou utilisation même partielle entraînera des poursuites.

Le tissu est positionné dans une petite presse quelques instants, puis étiré pour séchage. Il ressemble à un petit parchemin, transparent (notre photo).

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Le tissu prélevé est pressé et séché. Photo propriété de Parlonssante.com toute reproduction et/ou utilisation même partielle sans accord préalable entraînera des poursuites.

Il ressemble à un petit parchemin, transparent (ci-dessous).

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Le tissu prélevé est prêt à être appliqué dans l’oreille sur le pourtour du tympan. Attention cette photo est propriété de parlonssante.com toute reproduction et/ou utilisation même partielle entraînera des poursuites.

Pendant ce temps-là, le chirurgien achève de décoller l’’oreille pour atteindre le conduit et positionner la greffe. Un gel est inséré sous et sur le tissu greffé. Le but étant de permettre à la peau de “l’’absorber”, de recouvrir à nouveau l’’endroit où se trouvait le tympan.« “La greffe sert de “tuteur” au tympan qui va pousser dessus et l’’absorber »”, précise Thierry Soussi, ORL (lire interview ci -dessus).

Une fois la pose de la greffe terminée, le chirurgien recoud l’’oreille et introduit dans le conduit un pansement imbibé d’’antibiotiques. Le patient se réveillera quelques instants plus tard, l’’oreille enrubannée, mais un tympan bien fermé. Le taux de réussite de l’’intervention est très élevé de 95 à 100% des cas ; l’’audition est retrouvée (deux à quatre semaines après) et le patient pourra, à terme (deux mois pour les baignades), recouvrer une vie normale avec un tympan tout neuf.