L’épidémie de chikungunya qui sévit en Polynésie française depuis deux mois, a fait sa 5e victime à Tahiti. Un homme de 78 ans à l’état de santé « précaire » selon les autorités locales de santé publique, a succombé après avoir contracté le chikungunya. Depuis le début de l’épidémie, quatre séniors et un nouveau-né sont décédés et 756 personnes ont été hospitalisés suite à cette maladie infectieuse véhiculée par les moustiques.

271 personnes ont été hospitalisées en Polynésie française des suites du chikungunya.
756 personnes ont été hospitalisées en Polynésie française des suites du chikungunya.

« A la fin de la semaine 48, on estime à 26 748 le nombre total de cas ayant consulté pour chikungunya en Polynésie française depuis la déclaration de l’épidémie (semaine 41) », indiquent les médecins du réseau Sentinelle, relayés par la veille sanitaire.

Tahiti, la plus peuplée, est bien sûr, l’île la plus touchée. Elle recense à elle seule, 92% des cas (23 754 patients). « Le nombre de cas en semaine 48 augmente dans tous les archipels, mais le taux de croissance diminue, en particulier à Tahiti (6,3% en semaine 48 contre 66% en semaine 47) », précise le bureau de la veille sanitaire de Tahiti.

Aujourd’hui tous les archipels de Polynésie française et la très grande majorité des îles sont maintenant touchés (exceptés Rapa, Tahuata et plusieurs atolls des Tuamotu), le chassé-croisé des vacances scolaires qui débutent ce vendredi 12 décembre à midi, va sans nul doute, accélérer la progression du virus dans les archipels.

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L’épidémie de chikungunya qui sévit depuis le mois d’octobre en Polynésie française a fait 4 victimes, trois octogénaires souffrant de pathologies chroniques et un bébé, un nourrisson de 8 jours. Mardi, la cellule de coordination de lutte contre le chikungunya s’est réunie afin de faire le point sur l’évolution de l’épidémie. Le nombre de cas estimés de chik est désormais de plus de 11 000 personnes, dont 95% de cas à Tahiti et Moorea.

Une estimation car tous les malades ne consultent pas et pratiquent l’automédication : repos et paracétamol. « Les archipels des îles Sous-le-Vent, des Tuamotu-Gambier, des Australes et des Marquises sont également touchés » indiquent les autorités sanitaires qui « veillent à faire en sorte que les renforts nécessaires soient mis en place au niveau du Centre hospitalier de Polynésie française et de l’hôpital de Taravao ».

Les services de santé tiennent à rappeler que, tout comme les personnes âgées malades, « les femmes enceintes et les nourrissons sont l’une des catégories de sujets à risque lors de cette épidémie ». La protection contre les piqures de moustiques, l’usage de répulsifs, l’installation de moustiquaire et un habillement couvrant sont les seules armes efficaces pour lutter contre le chikungunya. Tandis que les pulvérisations d’insecticides se poursuivent dans les quartiers de la grande agglomération de Papeete, le pic épidémique n’est pas encore atteint. Dans quinze jours, les vacances scolaires vont débuter, le chassé-croisé des îliens qui rejoindront leurs familles dans les archipels éloignés pour les fêtes de fin d’année devrait accélérer la contamination des autres archipels, pour l’instant préservé.

Deux morts et plus de 8000 cas de chikungunya, c’est le bilan de l’épidémie qui sévit depuis un peu plus de six semaines en Polynésie française. Près de 200 malades ont été hospitalisés. Cinq patients seraient toujours sous surveillance à l’hôpital, elles ont décompensé une pathologie sous-jacente grave. C’est le cas des deux personnes décédées, deux octogénaires déjà fragilisées par « des pathologies chroniques », le chikungunya leur a été fatale.

Sans céder à la psychose, les autorités sanitaires du pays ont organisé une conférence de presse hier pour informer la population de la situation. « Le pic épidémique n’est pas encore atteint, confiait le responsable de la veille sanitaire, Henri-Pierre Mallet tout en se voulant rassurant : « Dans la majorité des cas, c’est une maladie bénigne » a-t-il déclaré.

Fièvre, céphalées, éruptions cutanées, courbatures et des douleurs récidivantes quelques semaines, les malades témoignent tous des mêmes symptômes et surtout d’un état de fatigue qui perdure plusieurs semaines après avoir contracté la maladie. Le remède ? Repos et paracétamol ! « J’ai toujours mal à ma cheville, raconte Rodolphe, 36 ans, « j’ai eu il y a quelques années une double fracture et curieusement le chikungunya a « réveillé » une veille douleur que je croyais disparue ».

Crédit photo : Parlonssante.com
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Mis à part les vendeurs de raquettes électriques, les sociétés de démoustication, les marchands de répulsifs et autres fournisseurs de paracétamol qui se frottent les mains, l’économie locale commence, elle aussi à souffrir du chikungunya, impactée par les arrêts maladies qui se multiplient. « Dans mon entreprise, c’est l’hécatombe, nous n’arrivons pas à livrer nos clients. Depuis quinze jours, je fonctionne à 30% de mes effectifs », raconte le directeur technique d’une entreprise locale. « Tous les jours nous avons des cas dans nos cabinets, le diagnostic est rapide à faire, les malades sont courbés, les mains crispées et très affaiblies, ajoute Marc, un médecin généraliste.

Les autorités en appellent à la responsabilité collective et notamment en direction des généralistes libéraux qui sont invités à ouvrir leurs cabinets le week-end afin d’éviter l’engorgement des services d’urgence. La population est, elle aussi, sollicitée à intensifier la lutte contre les gîtes à moustiques, mais aussi à poursuivre l’utilisation de répulsifs (spray corporel, moustiquaire, diffuseurs électriques, vêtements couvrants). L’utilisation de tortillons incandescents est déconseillée, les fumées sont toxiques.

Tahiti lutte contre le chikungunya

L'aedes aegypti est le moustique vecteur de la dengue, du zika et désormais du chikungunya à Tahiti.
La Polynésie française était le seul territoire ultra-marin français exsangue du virus du chikungunya, depuis deux semaines ce n’est plus le cas et le nombre de personnes atteintes ne cesse de croître. Une centaine de cas confirmés, mais plus de 400 suspicions, sans compter les patients qui ne consultent pas et ceux qui ne sont pas diagnostiqués.

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Les communes les plus touchées sont situées sur la côte ouest de Tahiti, Faa’a, Punaauia et Papeari. L’épidémie concerne principalement Tahiti (un seul cas à Bora Bora et un autre cas à Raivavae aux Australes). Une exception, l’île d’Apataki dans l’archipel des Tuamotu qui recense 82 cas suspects dont 13 confirmés, ce qui est beaucoup sur une population de 492 ! « Ce n’est plus la peine de faire des tests, ce ne sont que des chiffres, le virus est bien là. On sait comment prendre en charge les patients », (NDLR : du repos et du paracétamol) explique un généraliste de Punaauia qui n’a pas encore vu de cas dans son cabinet. « Il faut éviter de se faire piquer, protéger les enfants, je recommande simplement des moustiquaires, des chaussettes et des pantalons !« . Courbatures, fortes fièvres, grande faiblesse sont les symptômes les plus fréquents. Les patients témoignent de douleurs articulaires intenses qui immobilisent certains dans leurs lits pendant plus d’une semaine. Cette maladie infectieuse véhiculée par le moustique progresse en même temps que la dengue sur ce morceau de France au cœur du Pacifique.

Si aucun cas sévère n’a été diagnostiqué les autorités restent vigilantes, car la dernière épidémie de Zika avait engendré des syndromes de Guillain-Barré (une atteinte des nerfs périphériques caractérisée par une faiblesse voire une paralysie progressive, des jambes, parfois des muscles respiratoires, des nerfs de la tête et du cou). Ce syndrome aussi appelé polyradiculonévrite aiguë inflammatoire, ou encore polyradiculonévrite aiguë post-infectieuse survient souvent après une infection. L’an dernier des cas de Guillain-Barré avaient été pris en charge à Tahiti suite à l’épidémie de Zika. Dans la majorité des cas, les personnes atteintes récupèrent leurs capacités physiques au bout de 6 à 12 mois.

A l’aube de la saison des pluies, les autorités sanitaires multiplient les appels à la prévention contre le moustique et incitent aux dégîtages (lutte contre les nids) et à la protection individuelle (usage de répulsifs, de moustiquaires et autres diffuseurs électriques), mais elles appellent aussi les élus locaux à prendre leurs responsabilités. Comme l’an dernier pour lutter contre l’épidémie de Zika, des actions de portes à portes sont organisées dans les quartiers pour inciter les populations à faire la chasse aux réservoirs d’eau stagnante, véritable nurserie à moustiques.

Les eaux stagnantes sont des nurseries à moustiques contre lesquelles il faut lutter !
Les eaux stagnantes sont des nurseries à moustiques contre lesquelles il faut lutter !

Pneus, pirogues, épaves, mais aussi pots de fleurs, gouttières bouchées, piscines et autres bassins non vidés… Les moustiques ne manquent pas d’imagination pour pondre !

Les employés municipaux sur le terrain utilisent des larvicides et mènent des campagnes de pulvérisation sous l’impulsion du centre d’hygiène et de salubrité publique en collaboration avec le service du développement rural de la Polynésie. Des spots télé et radio, ainsi que des SMS porteurs de messages de prévention prônent les bons gestes et les consignes pour endiguer l’épidémie.