Charlotte, petit ange foudroyé par une méningite à 14 mois

Charlotte, 14 mois, a été emportée en juillet 2005 à Tahiti par une méningite à pneumocoque. En deux jours, la petite fille pleine de vie que ses parents appelaient « Miss bonne humeur » a succombé à une terrible maladie bactérienne. Un vaccin antipneumocoque existait pourtant, mais très coûteux et non remboursé à l’époque (NDLR : il est obligatoire depuis le 1er janvier 2019), il n’était pas proposé systématiquement aux familles. Les parents de Charlotte ignoraient d’ailleurs son existence. Nous avions recueilli peu après le drame, le témoignage de sa maman qui avait trouvé la force de se confier pour prévenir et informer les familles de l’existence de ce vaccin. A la veille de la journée mondiale de lutte contre la méningite organisé les 24 avril 2019 dans le cadre de la semaine européenne de promotion de la vaccination, voici l’histoire de Charlotte, petit ange foudroyé par une méningite à 14 mois et arraché à l’amour de ses parents.

Ce jeudi matin de juillet 2005, Myriam a consulté son médecin généraliste sa petite Charlotte, 14 mois, était un peu constipée depuis quelques jours, elle avait aussi de la fièvre. « Le médecin généraliste a ausculté ma fille et m’a recommandé d’aller voir immédiatement mon pédiatre car il n’y avait pas de symptômes précis mais comme elle était anormalement somnolente cela ne lui plaisait pas du tout. Il a rédigé devant moi un courrier pour le pédiatre sans me donner plus de détails (j’ai su plus tard que mon généraliste l’avertissait « de troubles neurologiques et de raideurs ». »

« Le pédiatre n’a même pas levé les yeux sur Charlotte »

« Il a parcouru la lettre dans son secrétariat, n’a pas levé les yeux sur Charlotte, a pris le client prévu, et nous sommes passé ensuite. Lors de la consultation, il a d’abord pensé à une infection urinaire mais au moment où il posait la poche pour recueillir les urines Charlotte a eu des selles. Il a donc diagnostiqué une gastro-entérite… Nous sommes restés près de deux heures en salle d’attente pour recueillir les urines de Charlotte, en vain. Je suis finalement rentrée chez moi, le pédiatre m’ayant simplement dit que l’on ferait l’analyse le lendemain. Il ne semblait pas inquiet donc moi non plus » .

Jusqu’à cette poussée de fièvre, Charlotte était en forme

Elle avait eu un peu le nez qui coule quelques jours auparavant, mais comme souvent ont les bébés. Elle avait surtout vomi une fois par nuit depuis dimanche et cela avait été mis sur le compte de la gastro. De retour à la maison, Myriam donne à Charlotte ses médicaments. « Le vendredi matin, j’ai téléphoné à mon pédiatre pour lui dire que nous n’avions pas pu recueillir l’urine pour l’analyse. Je lui ai dit qu’elle buvait normalement et qu’elle avait mangé un petit pot de fruit en entier. Il m’a répondu que c’était positif et qu’une gastro, c’était l’affaire d’environ 3 à 5 jours ».

Elle était trop faible pour une ponction lombaire

En soirée, les gémissements de Charlotte se sont amplifiés. « Je l’ai prise dans mes bras et nous sommes partis aux urgences de Mamao (NDLR : l’hôpital de Tahiti). La prise en charge m’a semblé trop longue. Ma fille avait les yeux mi-clos, les mains crispées et des points rouges sur les bras. Enfin, l’équipe de pédiatrie l’a prise en charge et s’est battue jusqu’au petit matin. Les troubles neurologiques ont tout de suite été détectés. L’analyse de sang a confirmé une infection, le scanner n’a rien révélé d’anormal. Elle était déjà trop faible pour effectuer une ponction lombaire. Il a fallu l’intuber. Le pédiatre m’a prévenue que son petit cœur pouvait flancher« .

Au petit jour samedi, Charlotte est partie…

Il était 5h du matin, les parents de Charlotte ne connaissaient toujours pas le nom de la maladie foudroyante qui leur a volé leur bébé. La ponction lombaire a été réalisée et le diagnostic est tombé : méningite à pneumocoque. Une infection rare qui dans le meilleur des cas se traduit par une otite ou une sinusite et, dans le pire, par une septicémie, une pneumonie ou une méningite.

Un vaccin existe, il protège les nouveau-nés contre sept souches d’infections à pneumocoque, il s’appelle le Prevenar. Mais ni Myriam ni son époux n’ont eu connaissance de son existence. « Notre pédiatre ne nous a jamais parlé de ce vaccin. Si nous avions su, nous aurions fait vacciner notre petite fille. Il faut qu’on laisse le choix aux parents. Le vaccin coûte 100 euros, et il faut trois injections, c’est très cher et toutes les familles ne peuvent pas se le procurer car il n’est pas remboursé par la CPS (CPAM tahitienne), mais nous, nous aurions pu protéger notre fille. Hélas, personne ne nous a dit qu’il existait ce putain de vaccin ! ».

Cl. Chunlaud

 

Depuis le 1er janvier 2019 en Polynésie française, onze vaccins (contre huit auparavant) sont désormais obligatoires pour tous les nouveau-nés, le vaccin contre la pneumocoque en fait partie ainsi que celui contre la coqueluche et les oreillons.

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