160 000 cas, 77 décès, 4% des malades hopistalisés… le chikungunya n’est plus le virus bénin qui se soignait avec du repos et des antalgiques. C’est aujourd’hui une vraie crise sanitaire et économique qui paralyse l’île de la Réunion, mais qui touche aussi Mayotte, Les Seychelles et l’île Maurice. Le responsable ? Un tout petit moustique de la famille des Aedes.

Chikungunya, en swahili cela veut dire « marcher courbé » et cette image résume bien l’état de santé des victimes, affaiblies par le virus, abattues par les douleurs articulaires et musculaires, les malades sont alités. A ce jour, aucun vaccin n’existe, la seule façon de s’en prémunir est de ne pas se faire piquer. Les zones infectées doivent être traitées et l’homme doit se protéger en utilisant des répulsifs anti-moustiques. Le traitement -comme pour la dengue- est symptomatique. Il se limite donc à réduire les douleurs articulaires, musculaires. Les médecins préconisent le repos et l’administration d’anti-inflammatoire. Ce virus présent en Afrique sub-saharienne et en Asie du Sud-Est, a fait son apparition en 2005 dans l’océan indien.

Depuis janvier 2006, à l’île de la Réunion, 77 décès ont été recensés comme pouvant être reliés au chikungunya, pour cinq d’entre eux, aucune autre explication médicale n’a pu être avancée. Les certificats de décès concernent, pour la plus grande majorité d’entre eux, des personnes âgées présentant des pathologies chroniques sous jacentes mais également celui d’un enfant de 10 ans auparavant en bonne santé et d’un nouveau-né directement contaminé par sa mère.

Un voyageur pourrait apporter le virus dans ses veines…
A Maurice, distante de 200 km de la Réunion, 1.174 habitants ont été atteints à ce stade par la maladie, soit un 1 cas pour 1.000 habitants. Mais les autorités recensent également 4.177 cas suspects et attendent les résultats d’analyses menées après la mort d’un homme de 33 ans, la semaine dernière. Aux Seychelles, où un millier de cas ont été recensés depuis le début du mois, la progression de la maladie serait en train de se ralentir avec la fin de la saison des pluies. Il n’existe à ce jour aucun cas officiellement confirmé de chikungunya à Madagascar ni aux Comores.

D’autres régions tropicales notamment les Dom Tom (pour ne parler que de territoires français) pourraient être touchées. La présence des moustiques vecteurs « les Aedes » favoriserait la contamination. La vaporisation d’insecticide dans les avions ne suffit pas. Les humains infestés sont porteurs du virus de 5 à 14 jours après la première piqûre. Si pendant cette période, ils sont piqués par un autre moustique ils peuvent à leur tour transmettre le virus au moustique qui se chargerait de contaminer d’autres personnes une vraie réaction en chaîne. Un voyageur contaminé à la Réunion pourrait amener le virus avec lui en dans ses veines, sans qu’il s’en rende compte lui-même. Pour des archipels touristiques, comme les Antilles ou la Polynésie les conséquences économiques seraient comparables à celles de la Réunion : ralentissement de l’activité économique (salariés en maladie) et touristique (crainte d’une contamination), sans parler du coût des frais médicaux, de la mobilisation des personnels de santé. La nouvelle est tombée ce matin, touchés de plein fouet par la crise touristique lié à l’épidémie de Chikungunya, trois grands hôtels de luxes appartenant au groupe Bourbon ont décidé de fermer provisoirement leurs portes entre mars et juillet et ce à des périodes différentes. Ces trois hôtels de luxe ont perdu quelque 12 000 nuitées depuis le début de l’année.

Une nouvelle menace, en pleine crise de la grippe aviaire

L’épidémie qui sévit depuis un an à la Réunion a pris ces dernières semaines une dimension nationale, voire internationale. La crainte de l’émergence d’une nouvelle menace sur la santé publique nationale -en pleine crise de la grippe aviaire- a agité les sphères dirigeantes françaises. Ministre de l’Outre-Mer, Premier ministre la mobilisation est totale. Des fonds sont débloqués 76 millions d’euros dont 9 millions d’euros pour financer l’effort de recherche des organismes publics sur le chikungunya et 60 millions d’euros pour soutenir les secteurs économiques et les entreprises touchées par les conséquences de l’épidémie. « Il y aura une victoire » sur le chikungunya, a assuré mardi matin le ministre de l’Outre-mer François Baroin en expliquant que 92,5 millions d’euros au total étaient engagés pour lutter contre le virus et ses conséquences économiques à La Réunion.

« La vérité, c’est que la victoire contre le paludisme à la Réunion nous a fait baisser la garde depuis 30 ans en matière de démoustication. Ce manque de vigilance est lourd de conséquences et j’entends y mettre fin” a affirmé dimanche Dominique de Villepin à nos confrères du journal de l’île de la Réunion. Face à cette crise sans précédent, le Premier ministre a annoncé que « la mobilisation était générale ». « L’action de l’Etat s’organise sur tous les fronts pour faire face aux exigences : la lutte contre le moustique, la protection des populations, la prise en charge des malades et les recherches sur le virus ». Les hôpitaux de La Réunion sont encouragés à recruter sur place des personnels supplémentaires. Et un pont aérien avec la métropole a été mis en place pour acheminer des renforts: 36 médecins et 72 infirmiers travaillent ainsi suivant une rotation de deux semaines en moyenne. Pour protéger les personnes les plus vulnérables et les plus exposées, dès aujourd’hui et jusqu’au 5 mars, un nouveau lot de 300 000 doses de produit répulsif ou de protections contre les moustiques arrivera à la Réunion. Toujours en matière de prévention, le chef du gouvernement va demander au recteur “d’engager immédiatement une campagne d’information à destination des enseignants, afin qu’ils relaient auprès de leurs élèves les gestes indispensables. Ainsi, ces derniers pourront eux-mêmes promouvoir les bonnes pratiques au sein de leurs familles”. Un plan de démoustication en métropole est également envisagé car le moustique potentiellement vecteur est présent notamment entre Menton et Nice (lire par ailleurs). Dominique de Villepin a déclaré dans les colonnes du Journal de la Réunion : “qu’il ne faudra plus jamais baisser la garde” contre l’épidémie. “Nous maintiendrons le dispositif aussi longtemps qu’il le faudra”.

C.C.

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