La grippe aviaire est une menace pour l’homme avérée par de nouvelles études scientifiques, voici le très bon article d’un confrère, Olivier Dessibourg publié ce Jeudi 6 octobre 2005 sur le site Le Temps.ch

« Des chercheurs sont parvenus à recréer le virus de la grippe espagnole qui a ravagé le monde en 1918. Très virulent, celui-ci passait directement de l’oiseau à l’homme, comme tente aujourd’hui de le faire celui de la grippe aviaire.

C’est la preuve vécue de ce que les virologues soupçonnaient:le virus de la grippe peut, en s’adaptant, passer directement des oiseaux à l’homme, sans forcément transiter par un autre réservoir animal, comme le porc. Pour l’affirmer, des chercheurs américains se sont penchés non pas sur l’épidémie qui touche actuellement l’Asie – eta encore fait hier sa septième victime en Indonésie – mais sur la fameuse grippe espagnole de 1918. Avec comme objet de leur étude le coupable de l’époque: les scientifiques sont en effet carrément parvenus à ressusciter le virus si létal jadis!

Au plus fort de la Grande Guerre, une souche de la grippe (H1N1) cause entre 20 et 50 millions de morts dans le monde, dont beaucoup parmi les jeunes adultes en bonne santé. A l’époque, comme l’existence des virus de la grippe n’est pas encore connue, aucun prélèvement ni étude sur cet agent pathogène n’est effectué. Longtemps, les scientifiques se sont donc interrogés sur les causes de la virulence extrême de cette épidémie.

Des souches d’une virulence rare

Vers la fin des années 90, plusieurs groupes se rendent dans les régions arctiques avec une idée simple: le sol y étant gelé en permanence, est-il possible de prélever, dans les cadavres de personnes qu’on savait être décédées de cette grippe, des bribes de tissus pulmonaires conservés et d’y trouver des traces du virus?

En 1996, après plusieurs autres tentatives, l’équipe de Jeffery Taubenberger, pathologiste au Département des forces armées américaines, exhume en Alaska un corps enterré en novembre 1918 et y ponctionne le premier échantillon de poumon contenant le virus.

Le chercheur parvient rapidement à déterminer la séquence de cinq des huit gènes du virus. Puis à tester in vitro leurs effets, tout en sachant que le puzzle n’était pas complet. Avec la publication aujourd’hui dans la revue Nature des trois gènes restants, essentiels à la multiplication du virus, c’est désormais chose faite. C’est ensuite au Centre américain de contrôle et de prévention des maladies (CDC) que son collègue Terrence Tumpey réussit l’exploit de faire revivre une copie quasi parfaite du virus de 1918 possédant presque l’entier de son code génétique. Pour y parvenir, les chercheurs ont utilisé une technique appelée «génétique inverse». Celle-ci consiste à transférer les séquences de gènes du virus dans une bactérie. La combinaison génétique ainsi créée est extraite, manipulée, puis réinsérée dans des cellules en culture. La machinerie cellulaire fabrique alors des virus ne contenant que la combinaison de gènes choisie.

«C’est déjà là un résultat extraordinaire», s’enthousiasme Laurent Kaiser, infectiologue aux Hôpitaux universitaires de Genève. Car les scientifiques américains sont allés plus loin.

Comme ils le décrivent dans un article à paraître demain dans Science, ils ont vérifié les effets nocifs de ce virus en l’inoculant à des souris, des embryons de poulet, et des cellules pulmonaires humaines.

Les analyses phylogénétiques ont ensuite apporté les confirmations attendues: «Ce virus est différent de ceux des pandémies de grippes de 1957 et 1968, qui sont le fruit d’une recombinaison entre le virus de la grippe humaine avec deux ou trois gènes de la grippe aviaire, explique Jeffery Taubenberger. Dans ce cas, le virus, de type entièrement aviaire et très virulent, s’est probablement adapté au corps humain.»

Comment? L’explication se trouverait au niveau moléculaire. «Chaque virus possède à sa surface des protéines appelées «hémagglutinine» (le H de H1N1), détaille Werner Wunderli, directeur du Centre national contre l’influenza, à Genève. Pour que le virus puisse s’accrocher à une cellule saine, cette protéine doit habituellement être coupée par un enzyme, comme c’est le cas lors d’une grippe normale. Mais le virus de la grippe espagnole, très malin, s’est adapté et n’a pas besoin de ce type d’enzyme. Et sa virulence reste intacte.»

Dans le cas de la grippe aviaire actuelle (H5N1), le virus n’aurait pas encore fait le pas de cette adaptation directe à l’organisme humain, qui lui permettrait aussi de se propager facilement de personne à personne. «Mais nous avons des raisons factuelles de croire que cette souche essaie de s’ajuster. Cette étude permettra donc d’étudier ces mécanismes à fond», relève Werner Wunderli. Le virus de 1918 posséderait d’ailleurs, dans les trois gènes décrits dans Nature, certaines mutations qui ont aussi été observées sur les virus H5N1 et H7N7 (souche qui a fait un mort au Pays-Bas en 2003). «Nous voulons maintenant identifier les gènes responsables de cette virulence du virus de 1918, avec l’espoir de concevoir des antiviraux ou d’autres interventions qui contreraient ce type de virus lors d’épidémies de grippe», avance Terrence Tumpey. Selon Laurent Kaiser, l’affaire ne s’annonce pas simple, notamment parce que, «pour réellement étudier la fonction des gènes, il faut aussi tenir compte de leur interaction».

Du côté de l’Office fédéral de la santé publique, on reconnaît également la qualité et l’importance de ces études: «La possibilité d’une transmission de l’oiseau à l’homme est démontrée, résume Daniel Koch, du Département des maladies transmissibles. Mais, que cette transmission soit directe ou indirecte – c’est-à-dire en passant par un autre animal –, nos dispositifs actuels de surveillance et de préparation à une épidémie de grippe restent les mêmes, vu la grande virulence des souches impliquées.»

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