A Tahiti des soignants s’investissent pour réconforter les enfants avant leur passage au bloc opératoire : “C’est beaucoup d’énergie, mais ça vaut le coup”

Interview de Sophie Edelson, infirmière anesthésiste, présidente des “P’tits Aitos du fenua”, une association qui oeuvre pour optimiser et humaniser l’accueil des enfants à quelques minutes de leur passage au bloc opératoire. Du réconfort et de l’amour pour rassurer l’enfant.

Pourquoi est-ce si important de réserver un accueil particulier aux enfants à quelques minutes d’une opération ?

« Si l’accueil est optimal, que l’enfant est en confiance, il ne gardera pas un mauvais souvenir de son passage au bloc. Nous n’avons que quelques minutes pour optimiser cet accueil, le personnaliser au maximum et rassurer l’enfant car l’anesthésie inquiète. Les enfants ont peur de s’endormir. Dans sa vie, l’enfant reviendra sûrement à l’hôpital, autant que ce premier contact soit le plus serein possible. En humanisant les lieux, en décorant les murs, en distribuant des badges avec les prénoms des soignants, en permettant à l’enfant de s’approprier son masque d’anesthésie, de le parfumer, de choisir un doudou qu’il emportera, on crée du lien avec lui. On lui explique ce qui va se passer, que sa maman sera là au réveil. On lui sourit, on le réconforte. C’est un discours à trois avec l’enfant, le parent et l’équipe médicale. Ce sont des étapes essentielles. Si on les réussit, c’est 80 % du travail qui est réalisé ».

Pour créer du lien avec l’enfant des badges personnalisés sont proposés aux soignants. @parlonssante.com

Mais le temps est compté. Vous ne voyez l’enfant que très peu de temps avant l’intervention…

« Oui, c’est pourquoi il ne faut pas se louper. La salle a été décorée, nous avons de grosses peluches, des gommettes pour les masques et des stylos parfumés. Les enfants adorent lire nos prénoms sur nos badges. Peu à peu, les choses bougent, mais ce n’est pas simple car il faut aussi des financements. Nous commençons à nous faire connaître, ça aide. Les crayons parfumés, je les ai ramenés de France, on n’en trouve pas sur le territoire. La pharmacienne de l’hôpital a commandé des coiffes avec des motifs, des fleurs, ça changera du vert, mais tout cela à un coût et c’est là que l’association a son rôle à jouer pour financer des améliorations pour soigner l’accueil des enfants. Nous aimerions avoir une fiche d’information sur l’enfant avec des précisions sur ses goûts et ses passions, cela permettrait de faire connaissance plus rapidement. Pourquoi pas rencontrer les familles et l’enfant lors de l’entretien avec l’anesthésiste qui est obligatoire ? C’est une idée, nous travaillons dessus, mais nous sommes une association et tout repose sur les bonnes volontés, mais ça avance bien ».

Quels sont vos projets aujourd’hui ?

« Poursuivre nos actions et trouver des financements pour la fresque du couloir qui mène au bloc, mais aussi pour notre projet d’éditer une bande dessinée bilingue (français et tahitien) pour expliquer les différentes étapes avant et après l’intervention chirurgicale ».

Sur le principe de l’association Sparadrap dans l’Hexagone qui édite des fiches pratiques et ludiques destinées aux familles et aux enfants pour expliquer les soins ?

« Oui, sur le même principe pour humaniser la prise en charge des enfants opérés et mettre en place une approche ludique des soins. Mais là encore, ce projet a besoin de soutiens financiers pour se concrétiser. Je tiens à remercier Red Zone pour la collecte de livres et de peluches notamment, Vini qui nous a offert des tablettes que nous allons pouvoir utiliser pour apaiser les enfants les plus anxieux grâce à leur effet hypnotique et aussi le club des Vieux sportifs œnologiquement passionnés (VSOP) qui a organisé le XTerra Tahiti et va nous reverser des fonds pour nos actions. Ce qui est incroyable, ce sont les bonnes volontés qui se manifestent depuis la création de l’association. Vous savez, dans l’hôpital, le bloc est une unité centrale, mais c’est aussi un service à part, clos. Grâce aux actions de l’association, il y a plus d’échanges, de sourires et des liens se créent ».

L’équipe du bloc opératoire de l’hôpital de Tahiti. – Mars 2017 @parlonssante.com

Vos actions favorisent les échanges avec les autres services. Peut-on dire que Les P’tits Aitos ouvrent des portes ?

« Oui, plus on se fait connaître, plus nous avons de soutiens. On sent une envie commune, que ce soit dans les services de l’hôpital, en pédiatrie bien sûr où les personnes se sentent concernées, mais pas seulement. Nous avons des contacts avec des personnels des cliniques de Papeete Cardella et Paofai notamment, où une association affiliée aux P’tits Doudous de France a été créée. Il y a aussi l’association Les petites pieuvres pour les grands prématurés. Ces liens qui se créent entre professionnels de santé favorisent les échanges, on est loin des questions public/privé. Ce qui nous motive, ce sont les enfants. Nous avons donné des jouets et des livres, des doudous aussi, à la pédiatrie. On sent qu’il se passe quelque chose, on partage tous les mêmes valeurs, on est solidaire. Un peu comme dans une équipe sportive, où l’on s’entraide dans l’effort, autour d’une cause commune qui nous rassemble ».

Propos recueillis par Claire Chunlaud

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