«Le problème avec la journée mondiale de lutte contre le sida c’est qu’elle ne dure qu’une journée !». Marc est séropositif depuis treize ans. Il vit et travaille avec Arnaud, lui aussi séropositif. Tous les trois mois, ensemble, ils se rendent à l’hôpital de Villeneuve-Saint-Georges pour un bilan de santé complet. Dans les couloirs du 7e étage, service des maladies infectieuses, les 450 séropositifs au VIH suivis annuellement croisent d’autres malades. Ils se saluent, mais parlent peu entre eux. Dans une chambre, à l’abri des regards, chacun raconte son histoire avec le virus.

On parle librement de la vie sous trithérapie, des effets secondaires, mais sur la contamination… Arnaud, Marc, Serge et André ne sont guère loquaces. «C’est étonnant, je n’ai jamais eu de comportements à risques» lâche l’un deux. «Peut-être une prise de sang» murmure le troisième… Depuis la découverte du virus du sida, il y a 21 ans, les mentalités n’ont guère évolué. Le sida est tabou quel que soit le milieu social ou culturel. Pour ne pas être jugé sur leur sexualité, ils se taisent. Ils gardent pour eux leurs souffrances et leurs angoisses. Aucun des quatre malades du sida rencontrés n’ont pu en parler sur leur lieu de travail. La peur d’être jugé et rejeté les tiraille. Si les préjugés sur l’homosexualité ont la vie dure, au cœur du foyer, il est délicat de parler d’infidélité…

« C’est à l’occasion d’un don du sang que j’ai su, raconte Marc. Le médecin m’a rappelé en me disant de venir le voir. J’ai compris très vite ». Durant les premiers mois de 1991, Arnaud se sentait un peu fébrile et ce sont des examens du sang qui ont détecté la présence du virus. « Quand on l’apprend, on plonge. Tout s’effondre, c’est le trou noir. On sait que nos jours sont comptés. J’ai pensé à me mettre une balle dans la tête ». Après le choc, il faut apprendre à vivre avec le traitement et les effets secondaires. « Ce qui est le plus difficile à vivre au quotidien c’est de voir son corps changer. La trithérapie entraîne une perte musculaire qui creuse le corps et le visage tandis que les graisses se répartissent essentiellement au niveau de la ceinture abdominale. Il y a aussi les migraines, les diarrhées terribles et les états de fatigue récurrents ». « Nous ne savons pas combien de temps il nous reste à vivre, alors on vit pleinement chaque journée », affirme d’une seule voix ce couple de trentenaires.

« Mes craintes mes peurs, ils s’en foutent ! »

André est retraité. Il habite avec sa fille handicapée dans le Val d’Yerres. Sa maladie il a voulu en parler à ses proches, les regards, les silences ont eu raison de son honnêteté : « La question qui taraude tout le monde c’est : « Comment l’as-tu attrapé ? » Tout ce qui intéresse les gens c’est de connaître ma sexualité. Mes craintes, mes douleurs, mes peurs… Ils s’en foutent« . André n’est pas en colère. Il constate la curiosité malsaine des autres. C’est un homme courageux qui surmonte les obstacles de la vie (divorce, décès, maladie). Certes, il est souvent fatigué, déprimé, mais, quand il regarde sa fille, il retrouve le sourire. « Il faut vivre pour elle. Pour être près d’elle, le plus longtemps possible ».

Face à la maladie qui le ronge, pas de crise, pas de larmes chez Serge, un père de famille malien, juste un sentiment trouble de fatalité. « Vous savez dans mon pays le Mali, la mortalité est grande chez les enfants. Peu d’enfants arriveront à 30 ans. Alors, moi j’ai déjà 41 ans. C’est déjà bien ! Nous n’avons pas la même approche de la maladie que les occidentaux, nos frères décèdent à un ou deux ans, quand on atteint 35 ou 40 ans c’est déjà bien au Mali. Beaucoup de nos frères n’ont pas cette chance ».

 

C.C.

 

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2 réflexions au sujet de «  »

  1. Bonjour,

    Je suis journaliste et je travaille actuellement sur une campagne de lutte contre la discrimination des personnes séropositives. Je suis à la recherche de personnes qui accepteraient de témoigner de leur expérience, de leur vie de séropositif au quotidien. Si vous éprouvez l’envie de témoigner, n’hésitez pas à me contacter et je vous parlerai de ce projet plus en détails.
    Sincères salutations
    Aurélia rouvier

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  2. Bonjour,
    Je suis journaliste et je travaille actuellement sur une campagne de lutte contre la discrimination des personnes séropositives. Je suis à la recherche de personnes qui accepteraient de témoigner de leur expérience, de leur vie de séropositif au quotidien. Si vous éprouvez l’envie de témoigner, n’hésitez pas à me contacter et je vous parlerai de ce projet plus en détails.
    Sincères salutations
    Aurélia rouvier
    aureliarouvier@hotmail.com

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