Huit mille morts par jour dans le monde. Près de quarante millions de personnes contaminées par le VIH. Le sida est une urgence majeure. Depuis sa découverte il y a vingt et un ans, le virus du sida est devenu la première cause de mortalité au monde. L’Ile-de-France est particulièrement touchée, avec 24 cas de sida pour 100 000 habitants, ce qui représente près de 60 % du nombre total de contaminés en France.

A la veille de la journée mondiale de lutte contre le sida et de l’opération Sidaction, J.-Pierre Raffarin, le Premier ministre vient d’annoncer que le sida serait “cause nationale” en 2005. Pour les médecins, les malades et les associations, il est temps de relancer la communication, car il y a un net relâchement de la prévention en particulier chez les hétérosexuels (60% des nouveaux contaminés). N’oublions pas que les traitements lourds et contraignants ne font que retarder l’évolution de la maladie, car il n’existe à ce jour aucun vaccin. La seule façon de se prémunir de la transmission sexuelle est d’utiliser des préservatifs!

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Pourquoi le thème de l’édition 2004 de la journée mondiale de lutte contre le sida de ce mercredi 1er décembre est-il “Femmes, filles, VIH et sida”?

Docteur Olivier Patey, chef du service des maladies infectieuses au sein du centre hospitalier de Villeneuve-Saint-Georges (Val de Marne) : «Aujourd’hui, la proportion de femmes, dans les nouveaux diagnostics d’infection, est de 43 %. Les femmes représentent pourtant la moitié des personnes touchées par le VIH dans le monde (près de 20 millions). Elles sont plus vulnérables au virus que les hommes pour des raisons physiologiques. Il était temps de dédier l’une de ces journées à ces femmes trop souvent victimes du comportement à haut risque de leur partenaire.»

En France, 30 000 femmes vivent aujourd’hui avec le VIH. On compte désormais une femme pour trois hommes, alors qu’en 1988 la proportion était d’une femme pour sept hommes. Quelles sont aujourd’hui les populations à risques ?

Docteur O.P. : « L’épidémie ne recule pas en France, en particulier chez les homosexuels et les femmes d’Afrique subsaharienne contaminées par rapports hétérosexuels, souvent dépistées au moment d’une grossesse. Les récentes données épidémiologiques et les enquêtes comportementales indiquent que l’épidémie reste active chez les homosexuels masculins : ils représentent 22% des nouveaux diagnostics en 2003/2004. Un homosexuel sur deux s’est contaminé dans les six derniers mois. Les homosexuels déjà infectés par le VIH sont particulièrement touchés par les épidémies de syphilis et d’hépatite C, impliquant la poursuite de comportements sexuels à risques. L’âge moyen de la contamination est de 33,6 ans pour les femmes et de 39,4 ans pour les hommes. Au niveau des nouvelles contaminations, les hétérosexuels représentent 60 % des nouveaux contaminés. »

Comment expliquer ce relâchement de la prévention ?

Docteur O. P. : «Pendant longtemps, les hétérosexuels ne se sont pas sentis concernés par cette maladie. Toutes les maladies sexuellement transmissibles étaient considérées comme des tabous. Le manque d’information grand public n’aide pas à la sensibilisation ; excepté lors de la journée mondiale de lutte contre le sida, cette maladie ne fait jamais la Une des journaux. A force d’entendre parler de trithérapie, la population s’imagine que l’on vit bien avec son sida. C’est une erreur, la trithérapie est un traitement lourd et contraignant. Et surtout, ne l’oublions pas, la trithérapie ralentit le développement du virus, mais ne le supprime pas. Il faut se protéger, utiliser des préservatifs et ne pas prendre de risques en ayant des rapports non protégés. C’est une des seules façons de lutter efficacement contre le sida.»

Les patients sous trithérapie décrivent tous la difficulté qu’ils ont de supporter les effets secondaires : troubles digestifs, diabète, perte de la masse musculaire, dysfonctionnements de la masse graisseuse… La trithérapie est-elle la seule réponse que la médecine peut offrir aux malades?

Docteur O. P : «Oui. Après le bilan complet (sérologique et immunitaire), nous rencontrons les malades afin de leur détailler ce qu’est une trithérapie. C’est du cas par cas. Nous les aidons à gérer les effets secondaires. En fonction de leur mode de vie, nous définissons le traitement adéquat (une ou deux prises journalières) de médicaments. Puis, le patient doit revenir tous les mois, puis tous les trois mois pour un bilan de santé complet.»

L’agence nationale de recherches sur le sida (ANRS) vient de lancer un appel à volontaires pour participer au premier essai de vaccin préventif, de quoi s’agit-il?

Docteur O. P. : «Ces volontaires participeront à un nouvel essai de vaccin préventif de phase 2 jamais réalisé dans ce domaine en Europe. Il nécessite la participation d’au moins 132 volontaires*. Les résultats de cet essai seront connus dans deux ans. Ils sont indispensables avant de passer à des essais à grande échelle (phase 3), destinés à vérifier l’efficacité des vaccins préventifs ayant passé avec succès les phases précédentes.»

Des chercheurs français du CNRS ont annoncé la semaine dernière avoir réussi pour la première fois à produire des anticorps capables de bloquer, en laboratoire, l’infection de cellules humaines par différentes souches du virus du sida. Pouvons-nous espérer la mise au point prochaine d’un vaccin ?

Docteur O. P. : «Il faut être prudent. Actuellement, les chercheurs travaillent dans deux directions : un vaccin préventif pour les séronégatifs et un vaccin curatif anti-rétrovirale afin de contrôler, sur le plan immunitaire, le développement du virus. Sur ce dernier point, il y a des avancées sérieuses. Mais l’élaboration du vaccin et sa commercialisation prendront du temps et coûteront très cher. Quand on sait que 95 % des 42 millions de personnes ayant le VIH/sida vivent dans les pays pauvres et que seuls 1 % d’entre eux bénéficient aujourd’hui d’antirétroviraux (ARV)… On comprend tout l’ampleur du fléau qui est loin, très loin d’être endigué.»

Propos recueillis par Claire Chunlaud

Le réseau “Volontaires pour un vaccin” : un numéro vert est mis en place jusqu’au 15 décembre, c’est le 0.800.156.156. vaccin@anrs.fr

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