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L’épidémie de chikungunya qui sévit depuis le mois d’octobre en Polynésie française a déjà fait neuf morts, un nouveau-né et six personnes âgées de plus de 70 ans (six hommes et deux femmes), qui présentaient des pathologies chroniques. Les habitants de Tahiti sont touchés les uns après les autres, pas une famille, ni une entreprise sans cas de « chik ». Les arrêts maladie s’amoncellent sur les bureaux des DRH. Joseph, livreur d’eau dans une société locale, est un grand gaillard, père de famille, toujours souriant et disponible. Mais en ce mercredi matin, il a le visage fermé, les sourcils froncés. Malgré la douleur, la fatigue, il a repris le travail après huit jours d’arrêt : « D’autres collègues sont arrêtés, il n’y avait pas assez de monde pour faire le travail, je suis revenu, mais j’ai toujours mal, notamment aux chevilles et à la jambe ».

« Elle est terrible cette maladie »

Fortes fièvres, migraines et courbatures, ce gaillard a été terrassé par le chikungunya. Il s’est retrouvé au lit. « Elle est terrible cette maladie. Tu as l’impression que c’est fini, puis cela revient. La rechute est presque plus douloureuse que la fièvre. Tout le monde a été malade à la maison, ma petite qui est en maternelle a eu de la fièvre aussi, mais ça va, elle a bien supporté ». Il semblerait en effet que les enfants souffrent moins des articulations que les adultes. Certains malades ne ressentent qu’un gros coup de fatigue et des céphalées, rien de plus. « Je ne sais pas si je l’ai eue, mais je me sens fièvreuse, nauséeuse, il faut très chaud en ce moment à Tahiti et tout le monde se sent malade, on manque tous de tonus », témoigne une mère de famille. « Je protège mon bébé avec des répulsifs, il y a aussi des moustiquaires à toutes les fenêtres pour se protéger de la dengue et du chikungunya ».

Cyril, lui aussi, a été malade. Ce quadragénaire essonnien, expatrié en Polynésie, accuse le coup. « J’ai eu de la fièvre, près de 40°, pendant quatre jours. Je n’avais pas eu cela depuis 16 ans. Et surtout, je n’avais plus d’énergie. Cette maladie ça vous tue, vous êtes cassé ». Lui aussi décrit une période de répit avant la rechute : « On crois que c’est terminé et puis, les douleurs articulaires reviennent et vous êtes à nouveau sans force, épuisé à  la moindre activité. Le seul point positif, j’ai perdu 3kg en quatre jours ».

Des « réquisitions » de médecins pas exclues

Céphalées, diarrhées, courbatures, éruptions cutanées, démangeaisons… Les victimes sont de plus en plus nombreuses à décrire ces symptômes. On estime à 8000 le nombre de cas chaque semaine à Tahiti, le pic épidémique est proche. A ce jour, 37 000 Polynésiens (267 000 habitants) ont été diagnostiqués « positif » au chikungunya. Mais on est très loin de la réalité, car bon nombre de Polynésiens ne consultent pas. Dans la rue, les écoles, les entreprises, le personnel manque et les étals des magasins sont vidés d’anti-moustiques. Face à l’ampleur de l’épidémie, les Tahitiens se sont adaptés. Tout le monde a un membre de sa famille qui a été malade, alors, aujourd’hui on gère cela en famille avec l’automédication : paracétamol et repos. « Les analyses ne sont plus nécessaires pour les cas bénins, confirme un généraliste. On ne prescrit des analyses biologiques que pour les cas sensibles, les femmes enceintes et les personnes présentant d’autres pathologies. Quand on voit dans nos cabinets, une personne courbée, affaiblie, fièvreuse et des éruptions cutanés dans le dos, on sait ce que c’est ! ».

La flambée épidémique est annoncée pour les fêtes de fin d’année dans les archipels polynésiens

Du côté du bureau de la veille sanitaire, on note un ralentissement du nombre de consultations ces derniers jours à Tahiti. « Ce qui ne signifie pas que le pic épidémique est passé, mais simplement que les malades ne consultent plus systématiquement », indique Priscillia Bompard, l’épidémiologiste du bureau de veille sanitaire. La flambée épidémique est annoncée pour les fêtes de fin d’année dans les archipels polynésiens des Tuamotu, des Australes et des Marquises.

Internes à  Tahiti, les collégiens et lycéens de ces îles éloignées de Papeete sont en vacances pour un mois. Ils ont repris le chemin de la maison avec, c’est à  craindre, le chikungunya dans leurs bagages. « A Tahiti, on peut prédire que l’épidémie est certainement dans sa phase descendante. Mais il est à  craindre un 2e pic épidémique spécifique d’ici dix jours dans les îles en raison des fêtes de fin de d’année et des vacances scolaires. Les populations doivent se protéger des moustiques en utilisant des répulsifs, mais aussi en agissant en dégîtant, c’est le moyen le plus efficace pour lutter contre les moustiques ».

« Comme le zika et la dengue, le chikungunya est une arbovirose, véhiculée par les moutisques (aedes aegypti et polyniasis), contenir l’épidémie est donc l’affaire de tous, insiste la présidence de la Polynésie française. « Des actions de pulvérisation d’anti-moustiques ont été menées dans les quartiers. Sous peu, le gouvernement de Polynésie française va placer les répulsifs, les moustiquaires et les diffuseurs électriques d’anti-moustiques sur la liste des produits de première nécessité (les PPN sont des produits dons les prix sont encadrés par le pays).

Crédit photo : Parlonssante.com
Crédit photo : Parlonssante.com

Les structures de santé publique en alerte

Une ligne de garde a été instaurée au centre hospitalier de Tahiti et des interventions peu urgentes ont été déprogrammées pour faire face à l’afflux des consultations aux urgences. Les structures de santé publique sont en alerte et des renforts ont été mis en place notamment le week-end. Les médecins libéraux ont doublé depuis deux semaines leurs permanences le week-end à Papeete et à la presqu’île, mais ils sont à nouveau sollicités à la veille des fêtes de fin d’année pour désengorger les hôpitaux. Il n’est pas exclu de prévoir des « réquisitions » si la situation s’aggravait, indiquent les autorités sanitaires.

Aux îles Cook pour « inciter » efficacement les populations à agir contre la prolifération des moustiques, des brigades font des contrôles à  domicile pour vérifier que la lutte contre les gîtes larvaires est menée. Les contrevenants peuvent se voir infliger des contraventions. « Le dégîtage doit rentrer dans les moeurs, insiste Priscillia Bompard. Il faut que chacun y mette du sien. Les parents doivent montrer comment faire aux enfants, pour qu’à  leur tour, ils dégîtent ! »

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