Difficultés d’endormissement, insomnies, réveils nocturnes… les troubles du sommeil sont légion. La fatigue accumulée impacte à long terme l’organisme dans son entièreté, accentuant le vieillissement des cellules, perturbant le bon fonctionnement du cerveau (troubles de la concentration, réactivité…). Tous les âges sont concernés. Si les causes des troubles du sommeil sont multifactorielles (physiologiques, physiques, environnementales ou émotionnelles), il apparaît clairement aujourd’hui que l’exposition fréquente à la lumière bleue nuit au sommeil des plus gros consommateurs d’écrans, notamment les plus jeunes. La lumière artificielle des écrans stimule en effet très fortement les récepteurs de la rétine, envoyant de fait à l’horloge biologique un signal « de jour », incompatible avec le sommeil de qualité. La sécrétion de mélatonine est retardée, l’endormissement devient difficile, le sommeil s’appauvrit.

Durant des millénaires, la lumière naturelle synchronisait ce rythme vitale en alternant veille le jour/sommeil la nuit : « Nous avons bouleversé cet équilibre » constate le Dr Romain Nicolau, chirurgien ophtalmologue et fondateur du groupe ophtalmologie Paris Est à l’occasion de la journée mondiale du sommeil. « Nos yeux ne sont pas seulement des capteurs d’images. Ils sont aussi l’un des principaux régulateurs de notre horloge biologique ».

« Chaque jour, dans mon cabinet, je vois défiler des patients qui consultent pour une sécheresse oculaire, une vision floue, des maux de tête ou une hypersensibilité à la lumière. Beaucoup pensent venir pour un problème visuel. En réalité, ils viennent souvent pour un trouble du sommeil qui ne dit pas son nom ».
Paroles au Docteur Romain Nicolau, chirurgien ophtalmologue et fondateur du groupe ophtalmologie Paris Est.
« L’une des grandes crises sanitaires invisibles des prochaines années«

« La fatigue visuelle chronique n’est plus un simple inconfort. Elle devient un signal d’alerte. Sécheresse oculaire, clignement insuffisant, inflammation de la surface oculaire, aggravation de la myopie chez les plus jeunes : ces symptômes traduisent une rupture profonde entre notre biologie et nos modes de vie.
Chez les enfants et les adolescents, la situation est particulièrement préoccupante. Moins d’exposition à la lumière naturelle, davantage d’écrans le soir : le cercle vicieux est installé très tôt. Mais le phénomène touche désormais toutes les générations. Cadres hyperconnectés, travailleurs en horaires décalés, seniors confrontés à des réveils nocturnes répétés : l’œil devient le témoin silencieux d’une société qui ne s’arrête jamais.
La médecine du sommeil et l’ophtalmologie doivent aujourd’hui travailler ensemble. Car protéger le sommeil, c’est aussi protéger la vision, et inversement. Il ne s’agit pas de diaboliser la technologie. Les écrans font partie de nos vies. Mais nous devons réapprendre à respecter des règles biologiques simples : diminuer l’exposition lumineuse le soir, favoriser la lumière naturelle le matin, préserver des moments sans écran avant le coucher. Ce que nous appelons aujourd’hui “fatigue” pourrait bien être l’une des grandes crises sanitaires invisibles des prochaines années ».
Cl. C
