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Errance médicale, l’histoire d’une coûteuse fracture du pubis

Le budget de la sécurité sociale est à l’Assemblée nationale, ou au Sénat, enfin on ne sait pas vraiment. Il est à l’étude quelque part sous les ors de la République, coincé sous le bras d’un ministre. Sa révision prochaine aura, sans aucun doute, un impact sur les budgets des foyers français. Qu’importe ceux-là, ils composent la fameuse majorité silencieuse qui ne manifeste pas, ne dégrade pas, ne brûle pas. Non, cette majorité-là, elle se lève, travaille et paie. Lorsqu’elle engage une dépense, elle est mûrement réfléchie. Son objectif est censé et évalué. L’histoire que nous vous contons aujourd’hui témoigne de la perte de bon sens d’un système qui, sous couvert d’économies, multiplie les dépenses et place le patient dans une situation d’errance, proche de la maltraitance.

Victime d’un accident domestique le 26 août dernier, Yolande, 79 ans, se remettait difficilement de sa chute. Mais pour ne pas encombrer le cabinet médical ni les urgences, elle a tenu bon, plusieurs semaines sans consulter. On ne peut guère la blâmer tant son médecin généraliste est incompétent. Il est connu pour les consultations au « drive » sans auscultation possible puisque le patient reste assis dans sa voiture.

Bref, notre Yolande a pris son mal en patience après sa mauvaise chute estivale jusqu’au moment où, la douleur et les nuits sans sommeil, ont eu raison de cette courageuse arrière-grand-mère. Le généraliste a dirigé sa patiente vers les urgences. Une radiographie plus tard et un premier diagnostic tombe. Fracture du pubis. Prescription : du repos.

Le quotidien de Yolande s’adapte à cet aléas et, après s’est dotée d’un déambulateur, notre septuagénaire vaque à petit pas à ses occupations de retraitée. Mais la douleur ne la quitte pas, elle change même au fil des semaines. Le médecin toujours sans ausculation, lui demande d’être patiente… Il lui prescrit même de la rééducation. Mais la douleur est trop vive. N’en pouvant plus, Yolande consulte un second généraliste un mois plus tard. Nouvelle radio, même constatation. La fracture du pubis se remet, doucement.

Illustration Photo de Wheeleo Walker sur Pexels.com

Yolande n’y croit plus. Elle souffre trop. Elle décide de passer un scanner le 5 novembre dernier (deux mois après sa chute), une ordonnance que le second généraliste avait eu la bonne idée d’anticiper « au cas où ». Et là, miracle. Yolande n’est pas sénile. Elle avait bien une autre fracture, plus haute sur le pubis. Cette histoire d’aucuns qualifieront de fait divers est en fait un fait de société, révélateur d’un système de soin déficient qui a perdu tout bon sens. Paix à son âme.

Pour limiter les frais, on ne prescrit pas en première intention des examens coûteux comme le scanner. Dommage car si il avait été réalisé en première intention, on aurait économisé : 2 radiographies du bassin, 2 consultations d’urgentistes, 2 consultations de généralistes et beaucoup de souffrance. Ballottée entre médecine de ville et services hospitaliers, on a laissé durant dix semaines souffrir une femme âgée. Une errance médicale tout à fait insupportable. Car si le scanner avait été prescrit dès le passage aux urgences de Yolande, le diagnostic aurait été posé et la prise en charge adaptée. Le coût humain et économique aurait été bien moins élevé !

En 2026, Yolande fêtera ses 80 ans. Dernière fille d’une lignée de neuf enfants élevés dans les années 50 par une mère de famille veuve, ouvrière à l’usine, Yolande n’est pas du genre à se plaindre. Courageuse et volontaire, cette Jurasienne, arrière-grand mère, savait très bien que le diagnostic n’était pas le bon.

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