Cancer du sein : Des dessous chics pour reconquérir sa féminité

Corinne Bégaud @parlonssante.com
Corinne Bégaud, créatrice de lingerie qui veut aider les femmes touchées par un cancer à retrouver leur sensualité.

Corinne Bégaud est une pétillante femme de cinquante ans bien dans sa peau. Cette Essonnienne, mère de deux enfants a changé de vie en 2014 quittant le rôle de salariée pour épouser celui de créatrice de mode motivée et ultra convaincue par son projet. Elle conçoit de la lingerie haut de gamme principalement des soutien-gorges pour les femmes qui ont eu un cancer du sein.

Le soutien-gorge s’adapte aux contraintes techniques des prothèses tout en apportant confort et séduction à la cliente. Début octobre, elle a élargi sa gamme en proposant une nuisette qui a rencontré un vif succès auprès de la clientèle, ce sont d’ailleurs les boutiques de lingerie traditionnelle qui en vendent le plus, car l’atout majeur des créations de NéoSensuelle est que toutes les coquettes peuvent y succomber… Pour Corinne, l’équation est simple, toutes les femmes ont droit à porter de la lingerie fine. Interview

Comment est née l’idée de créer cette lingerie NéoSensuelle ?

« J’ai été touchée par un cancer en 2004. J’aimais beaucoup la lingerie et pour moi ça été la double peine. J’ai été traitée pour mon cancer et j’ai subi une ablation du sein. La reconstruction n’était pas possible tout de suite. Dans les premiers temps, j’ai accepté d’aller acheter mes soutien-gorges en boutique orthopédique, c’était confortable mais je ressemblais à une vieille grand-mère et cette image de malade qui vous colle à la peau quand on vient acheter des sous-vêtements dans ces magasins spécialisés… Pour moi, c’était la double peine, une question d’estime de soi. J’étais vivante, je voulais vivre ! J’avais besoin de tourner la page de la maladie et de retrouver ma sensualité, ma féminité. Pour moi cela passait par porter de la lingerie fine. Alors j’ai essayé de trafiquer les soutien-gorges classiques pour les rendre plus adaptés à mon corps, mais c’était complexe, inconfortable, il y a des contraintes techniques avec les prothèses, c’était frustrant et injuste. Alors un jour c’est devenu une évidence pour moi, j’avais perdu mon job, ma boîte avait fermé. Je me suis dit : « C’est le moment où jamais ! Je vais créer de la lingerie haut de gamme pour les femmes qui ont eu cancer du sein ».

Comment distribuez-vous vos créations ?

« Je travaille avec des revendeurs, 27 boutiques qui proposent ma lingerie. J’ai tenté le circuit médical car c’est là que les femmes vont chercher leur lingerie, mais c’est compliqué. C’est un peu tabou aussi de parler sensualité quand on a été malade, on fait une croix sur sa féminité quand on est malade, mais après ? Aucun raison de s’en priver ! Aujourd’hui, ce sont les boutiques de lingerie qui proposent mes produits, cela permet aux femmes de faire du shopping entre copines dans les mêmes magasins et peut-être de tomber sous le charme des mêmes articles. Je suis très heureuse car mes créations sont très bien acceptées dans les boutiques de lingerie classique, c’est sensuel, il y a du rouge, du noir, du velours et beaucoup de douceur, du coton et de la micro-fibre pour un maximum de confort. J’ai d’ailleurs une nouvelle clientèle de femmes qui ont eu des réductions mammaires qui apprécient le confort et l’élégance de ces soutien-gorges ».

« J’ai voulu apporter une un petit plus pour les femmes : une armature amovible. Ce n’est pas une innovation technologique mais une proposition un peu audacieuse pour un produit haut de gamme que je suis la seule à proposer ! C’est une option pour les femmes opérées car si elles veulent l’enlever elles peuvent. Suivant l’intervention subie (notamment au niveau de la chaîne ganglionnaire, NDLR), les armatures peuvent devenir inconfortables, c’est pourquoi j’ai eu cette idée de permettre aux femmes de les retirer. C’est un peu technique, mais il faut savoir que si l’on veut une poitrine arrondie, il faut une armature autrement le sein est plaqué, ça fait l’effet « brassière » si vous voulez. Il n’y a pas de raison qu’une femme opérée ne puisse pas, le temps d’une soirée, d’un rendez-vous apporter du galbe à sa poitrine en mettant les armatures. Elle a le droit d’avoir la silhouette qu’elle a envie d’avoir. Ce qui m’importe c’est que toutes les femmes aient le choix d’en mettre ou pas ».

Début octobre vous avez présenté une nouveauté une nuisette vous élargissez votre collection ?

La nuisette NéoSensuelle pour toutes les femmes qui sont bien dans leur peau.

« Oui c’est un peu l’achat solidaire, ce que je veux dire c’est que toutes les femmes peuvent l’acheter bien sûr, cela permettra de financer les innovations pour la nouvelle collection. Vous savez c’est une formidable aventure, je me nourris de toutes ces rencontres et puis c’est tellement émouvant de voir sa première collection portée et d’avoir le retour enthousiaste des clientes. Car ce n’était pas gagné c’est une clientèle exigeante, le produit devait être beau et confortable, fonctionnel et esthétique. Un bon soutien-gorge ne doit pas faire mal, si c’est le cas c’est que la taille n’est pas la bonne ou que la forme de l’armature ne correspond pas à sa poitrine ».

Arrivez-vous à vivre de votre activité ?

« Non, c’est un investissement important. J’ai pu bénéficier d’une subvention pour l’amélioration technique de mon système d’armature, mais pour développer mon activité, il faut que j’enrichisse la gamme. Je travaille sur une nouvelle collection avec trois modèles, mais j’ai besoin de 30 000 euros, pour acheter la matière première et lancer la fabrication. Si un investisseur lit cette interview et qu’il veut participer à l’aventure NéoSensuelle, qu’il n’hésite pas à me contacter. Autrement, pour les shooting et les défilés c’est le système D, j’ai de très belles copines ».

Comment vous sentez-vous aujourd’hui ? 

« Je suis très contente du retour des clientes car quand je présente ma lingerie, elles sont enthousiastes, c’est un vrai aboutissement, une vraie réalisation. Il faut que j’arrive à me faire connaître du public ce n’est pas évident quand on est petit mais j’y crois ! J’ai rencontré tant de gens formidables depuis le début d’aventure de NéoSensuelle comme Sylvie la styliste qui travaille avec moi et les retours sur ma lingerie sont tous positifs, ce que j’aimerai c’est que les femmes qui ont eu un cancer sachent qu’ils existent des alternatives à la lingerie médicale, qu’elles peuvent retrouver leur féminité sans sacrifier leur confort ».

Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées ?

« Au démarrage, j’ai senti une certaine réticence du milieu médical mais il faut les comprendre ils soignent les malades et ils font un travail énorme, mais je pense que les femmes ont droit à avoir accès à l’information sur l’existence de ce type de produits. Comme je suis entrepreneur certains considèrent que je dois payer de la publicité pour promouvoir mes produits, mais je fais avant tout cela pour les femmes, alors oui j’ai été un peu frustrée au début. Mais heureusement, j’ai rencontré des gens extraordinaires comme les femmes de la Ligue contre le cancer de Blois qui ont organisé divers événements pour soutenir mon projet, je les remercie !« 

Des soutien-gorges adaptés aux femmes qui ont eu un cancer du sein, une réduction mammaire, mais pas que… l’atout des créations NéoSensuelle c’est qu’elles sont faites pour toutes les femmes.

On ne crée pas de la lingerie fine pour des femmes touchées par un cancer du sein par hasard, racontez-vous votre histoire personnelle lorsque vous évoquez votre entreprise ?

« Au fil du temps, j’ai compris aussi qu’au-delà du produit, je devais en parler pour que les gens comprennent pourquoi j’en suis arrivée là. C’est en 2004 après avoir croisé la route d’une très jeune femme touchée par le cancer du sein que j’ai décidé de consulter mon médecin. A la palpation, ma gynécologue a senti une petite boule. Une mammographie et une biopsie plus tard et elle m’a appelée. Elle avait déjà calé des rendez-vous à l’Institut Gustave-Roussy et à l’hôpital Curie. J’avais deux jeunes enfants, je suis issus d’un milieu un peu médical et je me suis dit : « On y va tout de suite ! » « Il est où le docteur ? ». J’ai choisi IGR, j’y suis allée pour les lundis du sein, tout se fait dans une journée, vous rencontrez tous les médecins et passez tous les examens, le soir vous connaissez votre protocole. C’est énormément d’informations, mais nous n’avez pas le stress d’attendre votre biopsie des jours entiers, l’attente c’est ce qu’il y a de pire dans la maladie. Ce lundi matin je savais que j’avais un cancer du sein, le soir je savais qu’il y aurait une ablation, de la chimiothérapie et que la reconstruction ne serait pas pour tout de suite. C’était l’été ce lundi, j’ai pris le train et puis je suis allée voir mes enfants en vacances. A la rentrée, je suis allée à l’IGR, j’ai trouvé des gens à l’écoute ».

Avez-vous échangé avec d’autres femmes victimes également de la maladie à cette époque ?

« Non, je n’en avais pas envie. J’ai toujours été dans l’action et là encore après avoir encaissé l’information, je me suis dit : « Allez on y va et après on passe à autre chose ! ». Sauf que ce n’est pas si simple, ça ne se passe pas comme ça, il y a un avant et un après. C’est une socio-esthéticienne de l’IGR, qui m’a fait prendre consciente que cet épisode faisait partie de ma vie et que l’on ne pourrait jamais l’effacer. Cette prise de conscience là a été violente. Aujourd’hui, treize ans plus tard, c’est devenu une force, évidement je m’en serais bien passée, mais après on a le goût de la vie ce n’est plus le même qu’avant. Vous avez frôlé la mort, vous êtes une vraie vivante, pas une survivante, mais une vraie vivante, j’ai fait le choix de vivre, vous pouvez lâcher l’affaire et laisser le corps prendre le dessus. J’ai décidé de vivre, de partager et de prendre possession de ma vie. Ce projet de création de lingerie ça fait partie de ma résilience, de ma guérison je me sers de ce que j’ai vécu de ce qui a été difficile pour moi pour en faire une force« .

Quels sont vos projets ?

« Créer une deuxième collection pour développer la gamme, me diversifier. Comme je le disais plus haut il me faut 30 000 euros pour financer la matière première. Je suis prête à ne pas me payer de salaire pour donner vie à cette seconde collection parce que les femmes y ont droit, elles ont besoin de diversité, de douceur, de retrouver leur féminité. Nous travaillons avec la styliste sur trois modèles de soutien-gorges et deux culottes. Récemment avec les commerçants de Gif-sur-Yvette j’ai pu présenter ma nuisette, c’était le premier défilé grâce à la Boutique L’Irrésistible qui propose ma collection à la vente ».

C’est une boutique de lingerie fine traditionnelle ?

« Oui tout à fait, en fait la nuisette peut être achetée par toutes les femmes, l’idée de ma collection c’est d’offrir une lingerie haut de gamme a des femmes qui ont des prothèses, mais cette lingerie peut se porter avec ou sans armature, elle peut donc convenir à toutes les femmes et c’est aussi le sens de ma démarche, de faire en sorte que les femmes touchées par un cancer puisse faire du shopping avec leurs amies, leurs proches comme toutes les autres femmes, dans les mêmes mieux, voire même porter les mêmes sous-vêtements ».

On vous sent exaltée par votre activité ?

« Oh oui, la richesse de tout cela c’est les belles rencontres que je peux faire chaque jour. Elles mettent du piment et des étincelles dans cette belle histoire, bon évidemment il faudra quand même que financièrement ça bouge, mais quel plaisir de voir la reconnaissance des clientes et du public à chaque fois que je présente NéoSensuelle ! D’ailleurs j’en ai envoyé une à Brigitte (Macron, NDLR), j’espère qu’elle va lui plaire et qu’elle me contactera »… Nous aussi et que nous pourrions publier en exclusivité les photos de la première Dame en NéoSensuelle !

Interview réalisée par Cl. Chunlaud

Pour soutenir l’aventure NéoSensuelle contactez Corinne Bégaud au 06 07 30 00 85, site ici   Page Facebook NéoSensuelle.

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